09.04.2006

Programme (8) : Quatre priorités

6. Mettre en œuvre des politiques multisectorielles pour développer le capital humain: Education, Citoyenneté, Santé, Démographie et Emploi

Le facteur démographique explique la montée régulière de cette pauvreté déjà massive; toutes les études montrent que les familles nombreuses sont plus exposées à la pauvreté. Quelle est la politique menée depuis l'indépendance pour infléchir la croissance démographique (2,7 % par an, soit un doublement de la population tous les 23 ans, avec une taille moyenne de 6 enfants par ménage) ? Quelles sont les solutions durables apportées aux jeunes de moins de 20 ans qui représentent presque invariablement 57% de la population, une structure qui pose de toute évidence, d’énormes défis au pays, surtout en matière d’éducation, de santé, de nutrition, d’emploi, de culture et loisirs ? Les comoriens doivent se rendrent à l'évidence qu'en plus de la mise en œuvre de programmes sectoriels inefficaces, la croissance démographique reste le premier déclencheur de la dégradation des conditions de vie des ménages et des potentialités, observée depuis le début des années 1990.

Notre système éducatif accuse un retard. Le résultat actuel en terme de taux brut de scolarisation tous niveaux confondus n'est que de 45 %, avec une qualité moindre d'un enseignement général très peu orienté vers le marché du travail. Même l'enseignement primaire qui est un droit fondamental, est dispensé avec des capacités d'accueil limitées en dépit de la double vacation institutionnalisée dans le pays, et une qualité faible de l'environnement scolaire (les établissements scolaires, les matériaux didactiques et les programmes d'instruction). Cette faible performance du secteur éducatif est partiellement corrigée par l'émergence d'écoles privées qui ne sont accessibles que par une partie de la population moins pauvre. Dans le même temps, l'offre insuffisante d'établissements de formation technique et professionnelle vient aggraver l'inadéquation entre l'offre et la demande de main d'œuvre qualifiée sur le marché du travail. Ce retard du système éducatif est aussi démontré par l'absence de progrès significatif en matière d'alphabétisation des adultes (15-24 ans), qui s'élève à 57 % en 1990 contre 59 % en 2004. L'exemple réussi des pays insulaires tels que Maurice, est que tous les efforts réalisés en matière de qualité du système éducatif, se sont traduits en termes de progrès économique et social. Mais pour le cas des Comores, on observe deux tendances contradictoires conséquences directes du retard de notre système éducatif et de la configuration économique duale -agriculture de subsistance et commerce-. L'accès à un niveau d’instruction primaire a le plus grand effet positif en termes de réduction de la pauvreté durable, mais dans le même temps, l’accroissement du niveau d’instruction (secondaire et supérieur) d'un individu est un facteur d’augmentation de la pauvreté transitoire, ce qui veut dire en d'autres termes, que le système éducatif produirait des chômeurs.
En matière de santé, notre pays a suivi l'exemple des autres pays sous-développés, en élaborant un Plan de Développement Sanitaire, Perspectives an 2010. A mi-parcours de ce plan, on observe une stagnation des progrès sanitaires. Pus grave encore, les progrès réalisés aux Comores sont précaires, au regard des résultats obtenus durant les vingt cinq dernières années. Les structures sanitaires sont mal équipées et des défaillances graves sont relevées au niveau de l'accueil et des qualités des soins qui sont par ailleurs devenus payants; ce qui exclut de facto plus de la moitié de la population comorienne en raison d'une pauvreté extrême. Cette stagnation d'une situation sanitaire précaire s'observe particulièrement en matière de santé de l'enfant: le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans (120 pour 1000 naissances vivantes en 1990 contre 73 en 2003), s'accompagne d'un retard de croissance de 42 % pour la même tranche d'âge.
En matière d'eau potable, la réalité n'est guère meilleure et se traduit par un accès très limité. Toutefois cette réalité est sujette à une confusion très grave de conséquences en terme de priorités de développement, un déni de la réalité de l'accès à l'eau potable, source de vie et de bonne santé. Plusieurs rapports publiés sur le plan international, indiquent que les Comores ont atteint l'objectif d'accès universel à l'eau potable avec un taux estimé à 96 % en 2004 contre 88 % en 1990. D'autres rapports et analyses indiquent à l'inverse que ces chiffrent sont sensiblement égaux au taux de la population privée d'accès à l'eau potable. Ce qui est en cause, c'est la qualité, la régularité, la distance la plus proche par rapport au point d'eau et le faible stock d'eau disponible: à Ngazidja, près de 75 % des ménages utilisent les citernes traditionnelles recueillant l'eau de pluie qu'on peut  difficilement considérer comme salubre; à Ndzuani et Mwali, le stock d'eau s'est amenuisée, conséquence d'un déboisement incontrôlé, sans compter que les adductions d'eau sont vétustes et sources de fuites d'eau très importantes.

Le chômage et le sous-emploi constituent un des principaux déterminants de la pauvreté. Le chômage estimé à environ 14 %, concerne surtout les jeunes âgés de moins de 25 ans (18 % des jeunes hommes et 20 % des jeunes femmes) et parmi eux, un chômeur sur trois a atteint le premier cycle du secondaire. Ces chiffres inquiétants semblent en plus être sous-estimés et incluraient les sous-emplois et les emplois précaires, quand on sait que l'agriculture, l'élevage et la pêche dominent toujours l'emploi avec 70 % de la population active. Il enfin noter l'arrivée chaque année de 10000 à 15000 nouveaux arrivants sur le marché du travail, et qui ne peuvent pas être absorbés par les structures économiques actuelles et/ou par la fonction publique, qu'elle soit nationale ou régionale.

La croissance démographique rapide et non maîtrisée, la transmission intergénérationnelle de la pauvreté, les politiques publiques inefficaces dans le développement du capital humain et les crises politiques et institutionnelles à répétition, ont engendré une identité négative des comoriens et des jeunes en particulier. L'identité de citoyenneté comorienne, qui implique l'appartenance à un Etat-nation, est particulièrement mise à mal par ce sentiment réel de dépossession de droits élémentaires tels que l'éducation, la santé et la sécurité, par les opportunités manquées en termes d'emploi et d'amélioration du niveau de vie, et par l'absence de réelles perspectives d'avenir. Dans ces conditions initiales, il est très difficile de mettre en place une politique vigoureuse de citoyenneté comorienne si en plus, les obligations du citoyen (impôts, respect de l'autre, absence de malversations, de corruption et de crimes …) ne sont que partiellement respectées en premier lieu par les responsables politiques.

Nous devons cibler notre politique sur les jeunes, qui sont le présent et l'avenir du pays, en capitalisant les synergies -apprendre, rester en bonne santé, travailler, fonder une famille, et exercer pleinement la citoyenneté comorienne-, qui impliquent des politiques multisectorielles, avec des effets positifs à moyen et long terme, sur la maîtrise de la croissance démographique, des meilleures conditions nutritionnelles et de santé, et sur la croissance économique.

6.1. Une éducation citoyenne, un enseignement de qualité qui vise à former un citoyen capable de s'insérer dans la vie active et de participer à la construction d'une société démocratique

·        Lutter contre l'échec scolaire

·        Promouvoir un enseignement primaire et secondaire de qualité, notamment en mettant l'accent sur la modernisation et l'actualisation des programmes d'éducation incluant la citoyenneté, la nutrition, la santé de la reproduction et la planification familiale
·        Redynamiser la formation technique et professionnelle en vue d'élargir les opportunités du marché du travail pour les jeunes
·        Créer un véritable statut pour les étudiants et les enseignants du supérieur
6.2. Améliorer l'état de santé de la population et réduire les comportements à risque en termes de santé

·        En collaboration avec les communautés, mettre aux normes en équipement et personnel, l'ensemble des structures de santé de base, et faciliter l'accessibilité des populations pauvres aux soins de santé

·        Restructurer les systèmes de santé de manière à mettre la priorité sur les besoins de santé des jeunes et l'information indispensable pour éviter les comportements à risque pour la santé: Maladies sexuellement transmissibles, VIH/SIDA, Drogue, Alcool, Tabac, mauvaise Nutrition

·        Evaluer régulièrement la qualité et la régularité de l'eau potable, et mettre en œuvre des programmes visant l'amélioration des conditions d'accès dans les zones insuffisamment couvertes

·        Soutenir les collectivités locales, dans l'organisation et la mise en place d'infrastructures de gestion des déchets et d’assainissement, qui posent de sérieux problèmes de santé publique

·        Systématiser l'éducation nutritionnelle des parents dans les centres de santé de base

6.3. Lutter contre le chômage des jeunes

·        Réduire la longueur de la transition entre l'école et le travail, à travers une politique de mise en place de l’apprentissage auprès des professionnels, des entreprises et de l'administration publique

·        Définir et mettre en œuvre des instruments plus efficaces d’incitation à l’investissement privé de la part d’acteurs internes et externes
·        Dynamiser et restructurer les secteurs du tourisme et l’artisanat qui peuvent accueillir la jeunesse de notre pays
·        Encourager les initiatives individuelles en favorisant et en encourageant les entreprises ou micro-entreprises, et en rendant plus accessibles les micro-crédits
·        Mettre sur pied des programmes de marché du travail actif, incluant les travaux d'utilité publique et la formation sur le tas

Commentaires

quel programme...

Ecrit par : roi bourdieusien | 10.04.2006

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