10.04.2006

Programme (10) : Quatre conditions

L'utilisation judicieuse des ressources humaines et financières de la Diaspora pour un développement équilibré

La Diaspora comorienne représente environ 33 % de la population résidente des Comores, une importance numérique qui va de pair avec un très fort impact économique sur le pays, avec par exemple, 22 milliards de francs comoriens transférés en 2004, soit 42 millions d’euros; Ceci représente près de deux-tiers des besoins en devises pour couvrir les importations, et plus du double des recettes d'exportations principalement constituées par la vente de vanille, de girofle et d'ylanq-ylang. Ainsi, sur le plan macro-économique, les transferts en devises de la Diaspora contribuent significativement à équilibrer la balance des paiements, et donc, à faciliter une bonne gestion monétaire de l'Etat comorien. Aussi, en plus de soutenir la vie quotidienne de leurs familles, les membres de la Diaspora investissent dans l’aménagement des infrastructures de leurs quartiers et villages, dans la santé et dans l’éducation à travers de nombreuses ONG et associations.

Les Comores font partie des rares pays africains à avoir capitalisé dès l'indépendance, un fort potentiel de cadres supérieurs. Malheureusement, les politiques mises en œuvre n'ont pas incité une grande partie d'entre eux à servir directement leur pays, préférant l'expatriation pour s'épanouir intellectuellement et construire leur vie.

Force est de constater que les autorités n’ont pas su canaliser et utiliser au mieux les ressources humaines et financières de la Diaspora en créant les structures nécessaires. Pire, ces autorités ont profité des activités menées par la Diaspora pour abandonner leurs prérogatives et responsabilités vis-à-vis de l’aménagement du territoire, et des équipements socio-économiques de base dans l'éducation, la santé et l'eau.

Dans le même temps, pour masquer la réalité d'une augmentation régulière de la pauvreté, les responsables politiques et techniques tentent de démontrer que ces transferts importants de la Diaspora et plus généralement notre capital social, ont contribué à baisser la pauvreté. Il nous semble illusoire de considérer principalement, comme moyens de lutte contre la pauvreté, notre communauté de culture et des traditions, les nombreuses associations de développement, et l'importance des migrations qui constituent une source de revenus non négligeable pour les familles résidentes dans l'archipel des Comores. Car, il faut distinguer entre un capital social intra-îles qui a toujours été élevé et entretenu surtout à Ngazidja, et un capital social inter-îles toujours fragile et qui s’est détérioré ces dernières années, résultat de la mauvaise gouvernance politique et économique. L'impact du capital social et en particulier des transferts, sur la réduction de la pauvreté ne serait donc limité que sur certaines franges de la population comorienne. Et par ailleurs, cette source de revenus n'est-elle pas amenée à tarir ? Il n'est pas évident que la seconde génération des enfants issus de la migration soit à même de pérenniser ce capital social, sans compter la sélectivité migratoire liée aux difficultés à entrer en France ainsi que l'absence de circulation des personnes et des biens entre Maoré et les trois îles de l'Archipel, imposée par la France à partir de 1994.

Dans le principal pays d’accueil (France), comme ailleurs, et malgré de nombreuses tentatives aucune organisation de la Diaspora n’a pu voir le jour pour parler et agir au nom de la communauté comorienne. Pourtant, la constitution de 2001 prévoit la naissance d’une telle organisation représentative. Cela provoque une marginalisation de la Diaspora et de son action au niveau politique. Ainsi, même si les diverses constitutions du pays proclament qu’aucun comorien ne peut perdre sa nationalité, dans les faits les membres de la diaspora sont des non-citoyens comoriens qui ne peuvent ni voter ni se présenter aux diverses élections sans conditions. Cela a découragé trop de bonnes volontés, et maintien l’action de la diaspora uniquement sur des activités presque exclusivement communautaires.

De même, en France où les Comoriens sont nombreux, on a pu observer une défiance de la Diaspora envers une représentation diplomatique qui ne se soucie jamais d’elle et des problèmes qu’elle rencontre. L’Ambassade des Comores en France est trop éloignée des Comoriens, à Paris, mais aussi et surtout de tous ceux qui sont en province et qui sont obligés de venir à Paris pour accomplir des démarches d’une faible importance.

L’Etat doit donner les mêmes droits et devoirs aux Comoriens de l’extérieur qu’au citoyen vivant au pays. La Diaspora doit assumer ses devoirs dans l'œuvre de reconstruction nationale et, l’Etat comorien doit se rapprocher d'elle afin de l’aider à mieux s’organiser, faciliter le transfert d’argent et orienter autant que faire se peut, l’investissement de cet argent dans des secteurs productifs et créateurs d’emplois.

8.1. L'Etat aux côtés de la Diaspora, pour les mêmes droits et devoirs

·        Rendre effectif le droit de vote de la Diaspora et la participation à toute élection nationale sans condition de délai de résidence

·        Créer une Ambassade à Paris digne de ce nom et fournir des services consulaires dans les villes à forte présence de la Diaspora …

·        Elaborer un statut du migrant, qui comme pour les autres africains, permettra aux travailleurs comoriens de pouvoir se déplacer plus facilement dans les pays francophones

·        Améliorer le statut de l'étudiant comorien et faciliter l'insertion professionnelle

·        Mise en place d'un Conseil des Comoriens de l’extérieur, en associant pleinement les organisations de la Diaspora les plus actives. Cette structure représentera les Comoriens de l’Extérieur et défendra les intérêts de ceux-ci, aussi bien dans les pays d’accueil, qu’auprès des autorités comoriennes

8.2. Sensibiliser la Diaspora pour une épargne productive dans les institutions de micro-crédits, au bénéfice des générations futures

·        Création des structures locales qui doivent orienter, encadrer et suivre les initiatives socio-économiques des membres de la Diaspora au pays. Ces structures seront aussi disponibles pour fournir à tout investisseur extérieur la documentation et les renseignements nécessaires sur le pays

·        Réalisation des campagnes de sensibilisation auprès des membres de la Diaspora, en vue d'une mobilisation d'une épargne à long terme, destinée à être investie dans des projets productifs et créateurs d'emplois aux Comores

8.3. Mettre en place un service national volontaire de la Diaspora, pour aider au renforcement des capacités humaines et techniques

·        Recensement volontaire auprès de nos Ambassades et Consulats, des techniciens, cadres et chercheurs comoriens résidant à l'étranger

Mise en place d'un programme d'accueil des comoriens de la Diaspora désireux de servir leur pays sur une base volontaire pendant une durée maximale d'un mois, dans leur domaine de compétences respectif, et dans l'objectif d'apporter des conseils et appuis techniques aux différents acteurs de la vie économique et sociale des Comores.

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