10.04.2006

Une élection test (Jeune-Afrique)

COMORES - 2 avril 2006 - par JEAN-DOMINIQUE GESLIN ET MOHAMED INOUSSA

Quatorze candidats sont en course pour la succession, le 16 avril prochain, du président Azali Assoumani, qui ne se représente pas.

Cette fois, ça passe ou ça casse. Le premier tour de l’élection présidentielle comorienne qui doit se tenir le 16 avril prochain fait figure de test. De son bon déroulement dépend l’avenir des nouvelles institutions adoptées par référendum le 23 décembre 2001. Selon la Loi fondamentale, la présidence de l’Union doit obéir à une rotation entre les trois îles. Le colonel Azali Assoumani, originaire de celle de Grande-Comore et élu en avril 2002 à la tête du pays, cédera donc son fauteuil à une personnalité d’Anjouan. Une primaire sera organisée dans l’île pour départager les postulants. Les trois premiers se présenteront ensuite devant l’ensemble du corps électoral de l’archipel, qui élira ainsi son nouveau chef de l’État. Une perspective qui suscite la défiance de certains, notamment en Grande-Comore, où l’on craint que le destin du pays ne soit remis entre les mains d’une personnalité issue d’une île longtemps suspectée de velléités séparatistes.

Pas moins de quatorze candidats sont en lice pour la primaire : des personnalités de second rang, une brochette de cadres de l’administration nationale, mais aussi des noms familiers du microcosme politique comorien. Reste à savoir lesquels d’entre eux sont susceptibles de se qualifier pour la finale. Parmi les poids lourds, on peut d’ores et déjà citer Ibrahim Halidi, ancien Premier ministre sous le régime de Mohamed Said Djohar, qui portera les couleurs de la Convention pour le renouveau des Comores (CRC, au pouvoir). L’homme a l’avantage d’être issu de Nyumakélé, la région la plus peuplée de l’île, qui se sent aujourd’hui en marge de la gestion du pouvoir local. En outre, il conserve une image d’antiséparatiste.

Le parti du chef de l’État sortant a dû finalement lui accorder son soutien dans la mesure où celui qu’on a présenté comme son candidat naturel, le vice-président sortant (démissionnaire depuis le 27 février dernier), Mohamed Caabi Elyachroutu, a choisi de faire cavalier seul. Originaire d’Anjouan, ce dernier n’a jamais caché ses divergences de vue avec le chef de l’État et aurait refusé d’endosser la casaque de la CRC, de peur de devoir assumer le bilan du gouvernement. Il est vrai qu’il s’est opposé à certains choix de l’équipe d’Azali, notamment celui de procéder à la hausse des prix des produits pétroliers en septembre 2005. Sa défection a été perçue comme un coup de poignard dans le dos par la mouvance présidentielle, qui ne désespère pas cependant d’être représentée au second tour.

 

Autre candidat auquel les pronostics accordent de bonnes chances de figurer dans le trio de tête des primaires, le leader religieux Ahmed Abdallah Sambi, surnommé l’« Ayatollah ». Cet homme d’affaires au verbe haut, formé en Iran et amateur de basket-ball, n’a pas attendu 2006 pour entrer en campagne. Depuis trois ans, il rêve de briguer la présidence de l’Union des Comores et ne s’est jamais privé de critiquer publiquement les régimes précédents. À la radio, les prêches de cet excellent tribun battent des records d’audience et tranchent avec les discours religieux traditionnels. On le décrit souvent comme un intégriste, mais lui s’en défend. « Tous ceux qui me connaissent vous le diront : je ne suis pas un fanatique. Et je n’admets pas la violence », a-t-il déclaré à l’hebdomadaire comorien Al-Watwan. En revanche, Sambi ne se prive pas de recourir à une certaine dose de démagogie. Il promet notamment à ses compatriotes de faire disparaître l’habitat précaire de l’archipel. Un discours qui trouve un large écho au sein des couches les plus défavorisées de la population. S’il a des chances d’être sélectionné le 16 avril à Anjouan, en revanche, sur les autres îles, on ne lui a jamais pardonné sa collaboration, quoique éphémère, avec le mouvement séparatiste.

Derrière ces trois grosses pointures, d’autres concurrents font également parler d’eux. C’est le cas de Nassuf Ahmed Abdallah, fils de l’ex-chef de l’État Ahmed Abdallah et conseiller du président Azali. Mais aussi d’Abdourahmane Mohamed Ben Ali (41 ans), secrétaire général de la Société comorienne d’eau et d’électricité (Ma-Mwé), et du linguiste Mohamed Ahmed Chamanga. Parfaitement inconnus sur la scène politique, ces deux derniers ont décidé de se jeter dans la mêlée et de donner du punch à cette présidentielle. L’un et l’autre entendent tenir un discours neuf à la population. Mais Ben Ali part avec un léger handicap : il n’est anjouanais que de père et parle assez médiocrement le dialecte de l’île. Chamanga, en revanche, peut se prévaloir d’un engagement très ferme contre le séparatisme au plus fort de la crise. Mais au-delà des sentiments unionistes des uns et des autres, un élément semble devoir faire la différence : le soutien de l’actuel président de l’île autonome d’Anjouan, Mohamed Bacar. Le candidat qui en bénéficiera disposera d’un avantage certain sur ses concurrents.

Sur le terrain, la campagne bat son plein, et les autorités préparent les échéances avec le concours de la communauté internationale. Alors qu’en novembre 2005 le président Azali avait fait part de son incapacité d’organiser, dans des conditions libres et démocratiques, une élection sur Anjouan, il semble aujourd’hui être parvenu à faire entendre son appel aux partenaires du pays. Depuis le 22 mars, 462 observateurs militaires (en majorité sud-africains) sont déployés dans l’archipel sous l’égide de l’Union africaine avec pour mission de sécuriser les élections. Ils assureront également la logistique du scrutin et resteront présents sur l’ensemble du territoire jusqu’à l’investiture du futur président de l’Union, le 29 juin au plus tard.

Jean-Dominique Geslin et Mohamed Inoussa

Jeune-Afrique n°2360, 03/04/06

03.04.2006

Mohamed Ahmed-Chamanga, le candidat de la diaspora

Agence comorienne de presse (HZK-Presse)

 

 

 
Comores / Politique & institutions

 

Election résidentielle 2006

 

Mohamed-Ahmed Chamanga, le candidat de la diaspora

 

 

 
Moroni, jeudi 30 mars 2006 (HZK-Presse) Parmi les 13 prétendants à la magistrature suprême, Mohamed-Ahmed Chamanga (54 ans), sans étiquette, fait figure d’un « outsider », un homme très peu connu dans le microcosme politique comorien mais qui, dans le contexte actuel, semble plutôt séduire les milieux intellectuels qu’il fréquente depuis plusieurs années pour avoir milité en France dans les rangs de l’association des étudiants et stagiaires comoriens (Asec).

 

 

Comme d’autres, à l’instar des Ali Haribou et Ali Bourhane, ce comorien originaire de Ouani (Ndzouani), installé depuis plusieurs années à l’extérieur, a su garder un sentiment national très fort, qu’il a prouvé durant la période noire du séparatisme anjouanais.

 

 

Mohamed Ahmed-Chamanga fut à l’initiative de la création du premier collectif de la diaspora contre le mouvement sécessionniste, juste au lendemain de l’indépendance « autoproclamée » de l’île en août 1997.

 

 

Il avait décliné l’offre des présidents Mohamed Taki et Azali Assoumani de participer dans leurs gouvernements respectifs, préférant garder ses distances avec les pouvoirs en place pour ne pas compromettre sa réputation d’homme de culture.

 

 

Son comité de soutien le considère comme « un des rares intellectuels comoriens d’origine anjouanaise qui à oser alors prendre la parole et dénoncer la dérive qui a amené une partie de la nation comorienne à la folie séparatiste ».

 

 

Dans sa déclaration, l’équipe qui entoure la candidature de Chamanga soulève des interrogations, en se demandant « comment un Président anjouanais peut présider aux destinées du pays alors que la loi de l’Union ne s’applique pas dans cette île », avec la crainte de voir sortir des urnes « un homme qui chercherait à imposer les idées séparatistes à la tête de l’Etat, ou un homme dont on douterait du patriotisme et de l’honnêteté ».

 

 

Chamanga fut désigné par le journal L’Archipel comme l’homme de l’année 1997, pour avoir osé dénoncer les dérives séparatistes, à travers ses nombreuses prises de position relayées dans la presse. « Son courage face à la crise séparatiste anjouanaise n’honore pas seulement Anjouan dont il est originaire, mais surtout les Comores dont il reste l’un des symboles de la fierté et de la dignité », écrivait le journal.

 

 

Mais pour Chamanga, « le mérite de la fronde anjouanaise est peut-être de permettre enfin un débat de fond sur le fonctionnement de l’Etat ». Et d’interpeller la classe politique à réagir pour « ne peut plus continuer comme si de rien n’était ».

 

 

Il a tenu son premier grand meeting de campagne hier mercredi à Mutsamudu, devant une foule nombreuse, surtout des jeunes, venus découvrir ce nouveau venu de la politique comorienne.

 

 

Sans gros moyens, Chamanga et son équipe comptent essentiellement sur la contribution des associations de la diaspora, grâce auxquelles le candidat a pu régler les 5 millions fc de sa caution, et confectionner quelques 3000 affiches.

 

 

Ses deux vice-présidents, Said Ahmed Said Toihir et Mme Anrifatilhairi Allaoui, sont professeurs. Selon Said Ahmed Said Tourqui, jeune écrivain, « Chamanga peut réaliser un score honorable ».

 

 

Mohamed-Ahmed Chamanga est enseignant de Langues en France à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Il est le fondateur de la maison d’Edition Komédit et collabore avec la collection L’Harmattan.

 

       

 

El-Had Said Omar

 

300306/eso/hzkpresse/9h00

 



Agence comorienne de presse (HZK-Presse)
BP 2216 Moroni - UNION DES COMORES
Tél : (269) 73 91 21
Mobile : (269) 33 26 76 / 33 04 06