10.04.2006

Programme (12) : Quatre conditions

10. Lutter contre les inégalités économiques, sociales et spatiales

La pauvreté aux Comores est la conséquence d'inégalités d'accès aux ressources économiques (terres, capital, métiers et professions), qui par ailleurs restent très limitées.

Cependant, les inégalités d'accès géographique aux infrastructures socio-économiques de base (Santé, Education, Marchés) ne sont pas criantes comparativement à la majorité des pays en développement et ce, par rapport au critère généralement retenu d'accès à cinq kilomètres ou à une heure de marche. Mais il convient d'observer que les inégalités sont essentiellement d'ordre qualitatif, liées à la mauvaise répartition des ressources humaines qualifiées (personnel enseignant et soignant) surtout en milieu rural.

Il faut reconnaître aussi que nos traditions et coutumes entretiennent des inégalités sociales héritées d'un passé féodal, tels que le système des classes d'âge, certains aspects de la notabilité, l'héritage, le poids excessif du communautarisme inter et intra insulaire. Ces inégalités sociales font partie intégrante de notre culture, et ne peuvent être infléchies que dans le long terme  à travers l'éducation en général et l'éducation civique en particulier.

Les inégalités spatiales inter et intra îles sont particulièrement visibles dans les domaines des transports et des communications. Les séparatistes en 1997 avaient comme leitmotiv la répartition inégalitaire de l'aide entre les îles. Les études de faisabilité réalisée après 1997 et certains programmes du Document intérimaire de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté publié en Octobre 2005, confortent ce sentiment d'inégalités spatiales. Dans la perspective de recherche de solutions durables à la crise séparatiste, un mécanisme d'affectation et de gestion des ressources financières émanant du budget de l'Etat, a été mis en place. Par contre, le fond du problème n'a pas été abordé par les responsables politiques:

i.                     Il existe un réseau d'infrastructures (routes, ports, aéroports, énergie, télécommunication) relativement suffisant, moyennant quelques prolongements nécessaires, mais qui nécessitent dans l'ensemble des travaux de réhabilitation considérables. Ces infrastructures, qui ne sont pas inscrites dans une politique cohérente d'aménagement du territoire, ont en plus un coût financier de construction ou d'entretien qui dépasse de loin les capacités budgétaires et nécessite donc des aides extérieures massives;

ii.                   L'inexistence d'un plan de gestion à moyen et long terme pour la pérennisation desdites infrastructures, qui devrait être établi par une autorité conjointe de l'Union et des Iles. Cela impliquerait une planification pluri annuelle d'entretien et de rénovation de l'intégralité du réseau. Toutefois, des priorités devraient donc être dégagées pour réhabiliter d'urgence lesdites infrastructures en fonction de leur degré de dégradation;

iii.                  L'absence de critères objectifs pour décider d'une politique de développement d'infrastructures. De même, la construction, la réhabilitation ou l'entretien d'une infrastructure ne peuvent être budgétisés au prorata des populations concernées, car ils dépendent de critères techniques objectifs (distance, relief,nature des sols, …).

Face à ce constat, nous pensons qu'il serait judicieux et pertinent de réfléchir dans le cadre de la bonne gouvernance économique, financière et sociale, à la mise en place d'une Haute Autorité des Infrastructures.

Créer auprès de l'Union, une Haute Autorité des Infrastructures chargée de gérer les infrastructures de manière durable au profit de toutes les populations

·        Mise en place des mécanismes institutionnels pour la création de la Haute Autorité des Infrastructures

·        Constitution d'un corps de techniciens destinés à apporter leur expertise aux mécanismes de décisions

Systématisation du recours à un processus de décision participatif impliquant les acteurs économiques et sociaux concernés.

Programme (11) : Quatre conditions

9. Préserver l’environnement et Prévenir les risques écologiques

La richesse et la diversité environnementales sont menacées par la croissance démographique rapide et par les risques de catastrophes naturelles: L'archipel des Comores est un des pays les plus densément peuplé au monde, avec une densité moyenne de 351 habitants au km² en 2002, inégalement répartie dans les quatre îles (Ngazidja 260 hbts/km², Ndzuani 619 hbts/km², Maoré 429 hbts/km² et Mwali 170 hbts/km²). Les Comores disposent d'une richesse et d'une diversité environnementales considérables. La survie de la population en grande partie pauvre extrême, dépend principalement des ressources naturelles qui n'arrivent plus à se régénérer en raison de cette forte pression démographique.
La première série de problèmes environnementaux touche l'exploitation anarchique des ressources naturelles: (i) les forêts sont menacées de disparition en raison d'un déboisement accéléré lié aux besoins énergétiques croissant des ménages, de l’industrie de la transformation et du secteur de la construction; (ii) le littoral est surexploité, par un prélèvement incontrôlé du sable de mer, des coraux et des ressources halieutiques.

La deuxième série de problèmes concerne l'assainissement, qui en raison d'une surpopulation dans les villes et agglomérations, entraîne une insalubrité, d'importants déchets managers et hospitaliers non traités, et des risques de pollution multiples. Des dispositifs de gestion des déchets et d’assainissement, commencent à être mis en place mais ils sont très peu performants. Mais dans l'ensemble, la faiblesse des dispositifs d'assainissement constitue un problème majeur de santé publique, amplifié par l'absence de systèmes de gestions des eaux usées et pluviales.

De même, les cyclones, les éruptions volcaniques et les tornades constituent des menaces permanentes susceptibles d'entraîner des dégâts considérables avec destruction des plantes, de l'habitat, des terres agricoles et du sol. Enfin, l'Archipel des Comores comme toutes les autres îles du monde, n'est pas à l'abri des conséquences du réchauffement de la terre ou d'accident sismique dont le TSUNAMI est l'exemple le plus vivant resté aussi dans la mémoire des comoriens.

Les problèmes environnementaux sont complexes et présentent des conséquences humaines et économiques: (i) l'appauvrissement quantitatif et qualitatif des eaux, comme c'est le cas à Ndzuani; (ii) une mauvaise qualité des sols dont découle une baisse des rendements agricoles; (iii) une situation sanitaire et nutritionnelle dégradée; (iv) la dégradation des forêts et paysages côtiers, et la disparition des espèces rares (tortues, oiseaux et chauves-souris), qui des atouts touristiques importants (tourisme vert); (v) un cadre de vie, incluant l'habitat et l'assainissement, présentant un risque sanitaire et offrant un paysage urbain handicapant pour le tourisme, un des piliers d'un développement harmonieux.
Le renforcement des politiques multisectorielles sur l’aménagement du territoire, le système foncier, l'habitat, l’eau, l’assainissement et, la gestion des déchets

·        Concevoir un schéma d'aménagement du territoire qui tienne compte de la vocation naturelle des terres, et en particulier: (i) la délimitation claire des zones protégées, terrestres et marines, pour protéger la biodiversité, (ii) l'affectation judicieuse des terres agricoles en fonction de leur réelle possibilité d'affectation; (iii) la développement de pratiques urbanistiques visant à améliorer l'habitat compte tenu des problèmes d'environnement et d'assainissement urbains

·        Systématiser l'utilisation des foyers améliorés pour les besoins de cuisson des ménages

·        Encourager l'usage de matériaux de construction alternatifs à l'utilisation du sable marin et du ciment (briques en terre stabilisée, pouzzolane et concassés), et promouvoir des investissements privés pour rendre ces matériaux compétitifs

·        Soutenir les collectivités locales et les ONG, dans la mise en place de systèmes opérationnels de gestion des déchets, et dans la réalisation systématique des campagnes de sensibilisation en matière d'assainissement et de gestion rationnelle des déchets

·        Intégrer dans l'enseignement de base, une formation/sensibilisation destinée à induire des comportements propices à la protection de l'environnement.

Programme (10) : Quatre conditions

L'utilisation judicieuse des ressources humaines et financières de la Diaspora pour un développement équilibré

La Diaspora comorienne représente environ 33 % de la population résidente des Comores, une importance numérique qui va de pair avec un très fort impact économique sur le pays, avec par exemple, 22 milliards de francs comoriens transférés en 2004, soit 42 millions d’euros; Ceci représente près de deux-tiers des besoins en devises pour couvrir les importations, et plus du double des recettes d'exportations principalement constituées par la vente de vanille, de girofle et d'ylanq-ylang. Ainsi, sur le plan macro-économique, les transferts en devises de la Diaspora contribuent significativement à équilibrer la balance des paiements, et donc, à faciliter une bonne gestion monétaire de l'Etat comorien. Aussi, en plus de soutenir la vie quotidienne de leurs familles, les membres de la Diaspora investissent dans l’aménagement des infrastructures de leurs quartiers et villages, dans la santé et dans l’éducation à travers de nombreuses ONG et associations.

Les Comores font partie des rares pays africains à avoir capitalisé dès l'indépendance, un fort potentiel de cadres supérieurs. Malheureusement, les politiques mises en œuvre n'ont pas incité une grande partie d'entre eux à servir directement leur pays, préférant l'expatriation pour s'épanouir intellectuellement et construire leur vie.

Force est de constater que les autorités n’ont pas su canaliser et utiliser au mieux les ressources humaines et financières de la Diaspora en créant les structures nécessaires. Pire, ces autorités ont profité des activités menées par la Diaspora pour abandonner leurs prérogatives et responsabilités vis-à-vis de l’aménagement du territoire, et des équipements socio-économiques de base dans l'éducation, la santé et l'eau.

Dans le même temps, pour masquer la réalité d'une augmentation régulière de la pauvreté, les responsables politiques et techniques tentent de démontrer que ces transferts importants de la Diaspora et plus généralement notre capital social, ont contribué à baisser la pauvreté. Il nous semble illusoire de considérer principalement, comme moyens de lutte contre la pauvreté, notre communauté de culture et des traditions, les nombreuses associations de développement, et l'importance des migrations qui constituent une source de revenus non négligeable pour les familles résidentes dans l'archipel des Comores. Car, il faut distinguer entre un capital social intra-îles qui a toujours été élevé et entretenu surtout à Ngazidja, et un capital social inter-îles toujours fragile et qui s’est détérioré ces dernières années, résultat de la mauvaise gouvernance politique et économique. L'impact du capital social et en particulier des transferts, sur la réduction de la pauvreté ne serait donc limité que sur certaines franges de la population comorienne. Et par ailleurs, cette source de revenus n'est-elle pas amenée à tarir ? Il n'est pas évident que la seconde génération des enfants issus de la migration soit à même de pérenniser ce capital social, sans compter la sélectivité migratoire liée aux difficultés à entrer en France ainsi que l'absence de circulation des personnes et des biens entre Maoré et les trois îles de l'Archipel, imposée par la France à partir de 1994.

Dans le principal pays d’accueil (France), comme ailleurs, et malgré de nombreuses tentatives aucune organisation de la Diaspora n’a pu voir le jour pour parler et agir au nom de la communauté comorienne. Pourtant, la constitution de 2001 prévoit la naissance d’une telle organisation représentative. Cela provoque une marginalisation de la Diaspora et de son action au niveau politique. Ainsi, même si les diverses constitutions du pays proclament qu’aucun comorien ne peut perdre sa nationalité, dans les faits les membres de la diaspora sont des non-citoyens comoriens qui ne peuvent ni voter ni se présenter aux diverses élections sans conditions. Cela a découragé trop de bonnes volontés, et maintien l’action de la diaspora uniquement sur des activités presque exclusivement communautaires.

De même, en France où les Comoriens sont nombreux, on a pu observer une défiance de la Diaspora envers une représentation diplomatique qui ne se soucie jamais d’elle et des problèmes qu’elle rencontre. L’Ambassade des Comores en France est trop éloignée des Comoriens, à Paris, mais aussi et surtout de tous ceux qui sont en province et qui sont obligés de venir à Paris pour accomplir des démarches d’une faible importance.

L’Etat doit donner les mêmes droits et devoirs aux Comoriens de l’extérieur qu’au citoyen vivant au pays. La Diaspora doit assumer ses devoirs dans l'œuvre de reconstruction nationale et, l’Etat comorien doit se rapprocher d'elle afin de l’aider à mieux s’organiser, faciliter le transfert d’argent et orienter autant que faire se peut, l’investissement de cet argent dans des secteurs productifs et créateurs d’emplois.

8.1. L'Etat aux côtés de la Diaspora, pour les mêmes droits et devoirs

·        Rendre effectif le droit de vote de la Diaspora et la participation à toute élection nationale sans condition de délai de résidence

·        Créer une Ambassade à Paris digne de ce nom et fournir des services consulaires dans les villes à forte présence de la Diaspora …

·        Elaborer un statut du migrant, qui comme pour les autres africains, permettra aux travailleurs comoriens de pouvoir se déplacer plus facilement dans les pays francophones

·        Améliorer le statut de l'étudiant comorien et faciliter l'insertion professionnelle

·        Mise en place d'un Conseil des Comoriens de l’extérieur, en associant pleinement les organisations de la Diaspora les plus actives. Cette structure représentera les Comoriens de l’Extérieur et défendra les intérêts de ceux-ci, aussi bien dans les pays d’accueil, qu’auprès des autorités comoriennes

8.2. Sensibiliser la Diaspora pour une épargne productive dans les institutions de micro-crédits, au bénéfice des générations futures

·        Création des structures locales qui doivent orienter, encadrer et suivre les initiatives socio-économiques des membres de la Diaspora au pays. Ces structures seront aussi disponibles pour fournir à tout investisseur extérieur la documentation et les renseignements nécessaires sur le pays

·        Réalisation des campagnes de sensibilisation auprès des membres de la Diaspora, en vue d'une mobilisation d'une épargne à long terme, destinée à être investie dans des projets productifs et créateurs d'emplois aux Comores

8.3. Mettre en place un service national volontaire de la Diaspora, pour aider au renforcement des capacités humaines et techniques

·        Recensement volontaire auprès de nos Ambassades et Consulats, des techniciens, cadres et chercheurs comoriens résidant à l'étranger

Mise en place d'un programme d'accueil des comoriens de la Diaspora désireux de servir leur pays sur une base volontaire pendant une durée maximale d'un mois, dans leur domaine de compétences respectif, et dans l'objectif d'apporter des conseils et appuis techniques aux différents acteurs de la vie économique et sociale des Comores.