09.04.2006

Programme (7) : Quatre priorités

5. Réhabiliter et mettre en place des modes de gestion des infrastructures de soutien à la croissance économique et à la création d’emplois

L'exploitation des sources de croissance économique -Agriculture, Pêche et Tourisme- et la relance du secteur privé, se trouvent aussi handicapée par la faiblesse des infrastructures économiques, de communication et énergétiques. Ces infrastructures de soutien à la croissance économique et de désenclavement des îles et des populations, coûtent extrêmement chers et mettent près d'une dizaine d'années entre les études préalables, la construction et la mise en exploitation.

 

Le réseau routier aux Comores qui totalise 849 km, dont 665 km de routes bitumées et 184 km de routes et pistes en terre, se caractérise principalement par une largeur de chaussée rétrécie, une augmentation du trafic, une mauvaise répartition sur l'ensemble du territoire, et un enclavement de régions à densité humaine et à forte production agricole et de pêche, surtout à Ndzuani et Mwali. De plus, la circulation routière est devenue tellement dense avec un parc automobile vétuste, qu'elle présente des risques pour les populations.

 

Dans le domaine des infrastructures portuaires, chacun des ports, -Moroni, Mutsamudu et Bwangoma-, présente de problèmes spécifiques et nous devons impérativement tirer les leçons des choix techniques non judicieux opérés lors de leur construction et des solutions palliatives préconisées à ce jour. Le port de Moroni construit pendant la colonisation, absorbe la majorité des activités commerciales du pays, et ne peut recevoir à quai des bateaux de fort tonnage et, des études montrent qu'il serait techniquement difficile d'améliorer le faible tirant d'eau actuel (7,5 mètres). Le Port de Mutsamudu construit en 1982 en tant que port d’accueil et de transbordement du trafic maritime national, se trouve ensablé par les sédiments transportés par la rivière se déversant dans le bassin port, réduisant fortement le tirant d'eau initial de 14 mètres et limitant fortement l'accès aux bateaux de fort tonnage. L'accès maritime de Bwangoma a été réalisé en 1999-2001 n'a pas atteint son objectif spécifique de désenclavement de l’île et de communication inter-îles, avec un pourcentage d'utilisation variant de 50 à 70 % dans l'année et un transbordement de passagers et de marchandises qui se réalise par des pirogues avec des risques d'accident.

 

Les infrastructures aéroportuaires se caractérisent par un trafic limité, une dégradation des pistes, l’absence d’équipements de sécurité et le manque de clôture, trois facteurs qui compromettent la sécurité du transport aérien inter-îles. Un projet d'agrandissement de l'aéroport international (AIMPSI) sis à Hahaya, est en cours.

 

Les télécommunications ont connu une diversification, avec la mis en place un réseau de téléphones mobiles en complément à celui des téléphones fixes déjà saturé depuis longtemps. L'accès par la population est très réduit en raison du coût élevé, tout reste à faire pour promouvoir les nouvelles technologies, et en particulier, l'accès à INTERNET.

 

Le secteur énergétique est dominé par une production d’électricité basée sur l’exploitation des centrales thermiques installées, avec des coûts et des pertes de production très élevés, associés à des prix parmi les plus cher du monde, limitant ainsi le développement du secteur privé et l'accès de l'énergie électrique par la population.

 

Nous devons corriger dans la mesure des ressources disponibles, la faiblesse des infrastructures économiques, de communication et énergétiques, due en raison de la crise politique et économique que le pays a connue et qui résulte aussi, des choix techniques contestables opérés par les responsables politiques, ainsi que de leur gestion déficiente. Cette faiblesse des infrastructures constitue un blocage à la relance de la croissance économique car elle handicape la compétitivité des entreprises par des coûts de facteurs de production très élevés, et elle limite les opportunités pour les investisseurs potentiels nationaux et étrangers. Aussi, vu la configuration géographique de notre pays en archipel de quatre îles, nous devons corriger les déficiences des infrastructures pour rendre visible la continuité territoriale, favoriser les échanges économiques et le contact entre les populations, et permettre un meilleur accès à l'énergie électrique et aux communications.

 

5.1. Redéfinir les priorités en matière d'aménagement des routes et des rues

·        Concertation avec les partenaires locaux (Iles autonomes, mais aussi régions, villes et villages) afin de déterminer les priorités dans ce domaine et les possibilités de financement

·        Prise en charge des aménagements nécessaires des axes les plus fréquentés et leur entretien régulier. Ces axes doivent recouper les routes prioritaires permettant le désenclavement de certaines régions et le renforcement des pôles économiques à vocation agricole ou touristique

·        Initier une réforme visant l'amélioration de la qualité des services de transports urbains et inter-urbains

 

5.2. Accompagner les réformes en cours visant l'amélioration de la gestion des ports maritimes et restructurer les transports maritimes pour les rendre conformes aux normes de sécurité

·        Soutenir le processus de relance des activités portuaires à Mutsamudu avec des opérateurs de renommée internationale, pour en faire un port à vocation régionale (Contrat signé en Août 2005 avec la Société danoise MAERSK), à travers la recherche d'une solution efficace et soutenable financièrement pour le désensablement du bassin du port

·        Poursuite de la modernisation et l’agrandissement du port de Moroni

·        Réalisation d'un bilan sur la cession de pavillons de complaisance et annulation des contrats signés avec certains armateurs douteux

·        Inspection régulière de tous les bateaux de transport d’hommes et de marchandises entre les quatre îles, pour vérifier leur conformité avec les normes de sécurité en mer

·        Rendre plus efficace la surveillance de nos côtes pour empêcher toute intrusion d’éléments étrangers dans l’archipel comme cela a été possible à plusieurs reprises dans le passé

 

5.3. Soutenir le développement du secteur privé dans le domaine des transports aériens et la mise en place d'une compagnie nationale avec des capitaux publics et privés

·        Mise en place prioritaire d’une compagnie nationale, en associant des capitaux publics avec des capitaux issus de la Diaspora ou d’investisseurs étrangers ou encore en collaboration avec une grande compagnie internationale. Cette compagnie devra permettre le désenclavement de l’archipel en prévoyant des liaisons avec les pays voisins (Réunion, Afrique du Sud, Madagascar) ou avec des pays très visités par les Comoriens (Dubaï); et effectuer une liaison hebdomadaire entre Paris, Marseille, Moroni et Dzaoudzi

·        Prospecter et encourager des sociétés privées à vocation régionale pour accompagner le développement du tourisme

 

5.4. Initier une réflexion nationale et les études préalables à la mise en place des infrastructures économiques, de communication et énergétiques, visant le développement à long terme des Comores

·        Engager une réflexion visant la définition d'une stratégie de développement intégré et équilibré des infrastructures sur l'ensemble du pays

Intégrer ladite réflexion dans le plan de développement à long terme qui serait approuvé en 2008 et qui remplacera la Stratégie intérimaire de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (SCRP-I).

Programme (6) : Quatre priorités

4. Exploiter au mieux les trois principales sources de croissance et d'amélioration des conditions de vie: Agriculture, Pêche et Tourisme

Le discours prononcé de façon générique par les responsables politiques conseillés par des experts insuffisamment imprégnés des réalités comoriennes, a toujours été de considérer les secteurs de l'Agriculture, de la Pêche et du Tourisme comme étant le moteur de la croissance économique et d'amélioration des conditions de vie de la population. Tenant compte des expériences réussies des pays insulaires (ex Seychelles (pêche et tourisme), Maurice (sucre)), cette affirmation reste vraie mais les politiques et programmes mis en œuvre dans notre pays n'ont produit que des résultats très limités.

Malgré la mise en place d'importants projets et programmes, le secteur agricole demeure toujours insuffisamment productif, et continue à fournir comme par le passé l'essentiel des emplois (70 %) ainsi que la quasi-totalité des exportations (96 %), avec comme conséquence directe l'incapacité du pays à couvrir ses besoins alimentaires de base par la production locale. Les disponibilités alimentaires insuffisantes pour couvrir les besoins de consommation de la population et des prix qui continuent à grimper; Comme résultat et selon des estimations de la FAO, le pourcentage de la population qui est sous-alimentée est passé de 51 % (soit près de 230000 habitants) en 1990-1992 à 60 % en 1998-2000 (soit 345000 sur une population estimée à 575000 en 2000). La pauvreté s'est installé dans les secteurs de l'agriculture et de l'élevage: les agriculteurs (près de 38 % des ménages pauvres dont le chef est agriculteur, environ 31 % des ménages comoriens pauvres) et les éleveurs (49 % des ménages pauvres dont le chef est pêcheur, 7 % des ménages comoriens pauvres, localisé surtout à Nagzidja) sont plus exposés à la pauvreté. Il s'agit donc bien d'un déclin du secteur agricole, qui s'explique par quatre facteurs principaux et sur lesquelles des solutions innovantes doivent être trouvées de toute urgence, si l'on veut éviter les menaces de famine dans les années à venir:

·        Faible productivité, morcellement des parcelles cultivées (superficie moyenne cultivée de 0,25 hectares à Ngazidja, 0,21 à Ndzuani et 0,71 à Mwali) et augmentation des paysans sans terre, conséquences de la croissance démographique rapide (doublement de la population tous les 23 ans);

·        Insécurité foncière due à une situation juxtaposant avec une grande confusion les droits coutumier, musulman et civil, et qui rend incertain l'achat et/ou l'héritage de la terre. Cette insécurité juridique s'ajoute aux conséquences de la croissance démographique sur les terres cultivables, les vols permanents ou la récolte d'une production qui n'arrive pas à maturité

·        Prix mondiaux des cultures de rente (Vanille, Yang-Ylang, Girofle) très fluctuants, stagnation de la production comorienne et arrivée sur le marché international de nouveaux pays concurrents (Inde, Indonésie et Vietnam), avec comme conséquence, une surproduction mondiale et une baisse des prix encore plus forte dans les années à venir.

·        Absence de contrôles sanitaires et phytosanitaires et présence continue des maladies des plantes et du cheptel.

Le secteur de la pêche a enregistré d'importants progrès notamment en terme de motorisation des embarcations et d'augmentation significative des captures. Toutefois, se secteur qui emploie près de 9000 pêcheurs et qui génère environ 32000 emplois indirects, enregistre une forte proportion de pauvres (54 % des ménages pauvres dont le chef est pêcheur, environ 4 % des ménages comoriens pauvres localisés surtout à Anjouan), en raison des coûts de production élevés (gazoil), de l'absence d'infrastructures de conservation et d'une mauvaise organisation de la filière. Dans le même temps, les ressources halieutiques exploitables dans les eaux comoriennes restent incertaines (entre 36000 et 85000 tonnes par an), peu profitables aux comoriens (13000 à 20000 tonnes par an), et font l'objet d'une pêche industrielle dans le cadre d'accords de pêche avec des partenaires étrangers, conclus et exécutés dans une absence totale de transparence et dont les revenus financiers effectivement collectés, n'ont pas été orientés vers le développement de la pêche nationale.

Dans le secteur touristique, il existe un potentiel non négligeable mais l'accent a été mis sur un tourisme de qualité pour notamment préserver l'environnement. Toutefois, la situation politique instable qu'a connue le pays, a abouti à la fermeture des principaux hôtels et fait fuir les investisseurs. Les politiques en matière de tourisme n'étaient pas non plus orientées vers la mise en place des infrastructures adéquates et des mesures d'incitation aux investissements privés, et en particulier, aucune politique pertinente n'a été mise en œuvre pour baisser le coût des transports aériens qui reste l'un des plus chers au monde, et qui constitue un handicap majeur pour le développement du tourisme.
4.1. Améliorer la sécurité alimentaire pour tous les comoriens et garantir un minimum vital pour les populations dont la survie dépend de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche

·        Adoption et mise en œuvre d'une Loi sur la sécurité foncière

·        Adoption et mise en œuvre d'une Loi portant limitation des surcoûts et taxes pénalisant les échanges inter-îles et entravant la compétitivité des produits locaux

·        Renforcer les contrôles sanitaires et phytosanitaires par l'installation de laboratoires et des méthodes modernes, par la formation et par l'échange d'information avec les pays tiers relatives la sécurité alimentaire

·        Développer la transformation grâce à l'incitation du secteur privé, pour les poissons et les fruits et légumes (Mangues, Tomates, Fruits à pain)

·        Garantir la qualité et maintenir l'avantage comparatif des Comores, dans la production des produits de rente, et ce, à travers  la recherche permanente de nouveaux marchés et la baisse des coûts de transport.

4.2. Promouvoir un écotourisme créateur de richesse et d'emplois stables

·        Inciter la classe moyenne à visiter les différentes régions du pays

·        Promouvoir la destination Comores, dans la région et en Europe

·        Former les acteurs capables d'impulser le développement de l'écotourisme (métiers du tourisme et de l'artisanat)

·        Augmenter les structures d'accueil notamment pour un tourisme populaire autour des régions clefs.

Programme (5) : quatre priorités

3. Une culture de gestion publique transparente, saine et efficace pour consolider le nouvel ensemble comorien

Les Comores en tant qu'Etat-nation ne peuvent rester en marge des nouveaux processus de gestion publique, engagés à l'échelle mondiale, et centrés principalement sur le développement local et l'émergence des collectivités locales décentralisées, et dont la mission consiste à mettre en œuvre des politiques publiques centrées principalement sur l’accès aux services (Eau, Santé, Assainissement, Transports, Marchés …) et aux activités économiques (Agriculture et Elevage, Politiques foncières, Infrastructures, Investissements, Crédits, …etc). Mais du fait d'un héritage historique fait de rivalités politiques insulaires et de calculs politiciens, nous avons adopté un système politico-institutionnel qui s'apparente à un fédéralisme, avec une constitution qui garantit une large autonomie des îles pour gérer au mieux les intérêts des populations respectives. La conséquence immédiate de l'application de cette constitution, est que le pays se retrouve avec quatre parlements (une assemblée au niveau national et trois assemblées insulaires) et quatre exécutifs (un Président à la tête de l'Union et un Président pour chaque île), avec un problème permanent de partage de compétences entre l'Union et les Iles.

Les débats qui ont précédé l'adoption en février 2005, de la Loi sur le partage des compétences entre l'Union et les Iles, ainsi que le consensus de façade obtenu lors du vote du budget 2006 qui par ailleurs, reste sensiblement identique à celui de 2005, révèlent deux problèmes fondamentaux que sont la sécurité et les finances publiques, et en particulier, la gestion des entreprises publiques. Il s'agit hélas, d'une vision très restrictive qu'ont nos gouvernants, dans la gestion des affaires publiques et qui reste loin des attentes des comoriens, en termes de résultats du développement. Mais elle a le mérite de nous rappeler avec force et conviction, la fragilité du nouvel ensemble comorien du fait des contraintes financières fortes et de l'absence de dialogue constructif entre les hommes politiques, au point où certains politiciens relancent le débat sur la viabilité de la constitution de l'Union et sur ses chances de réussir à préserver l'unité nationale. La réalité est qu'en dépit des textes constitutionnels, les ressources financières intérieures, de l'indépendance à nos jours, sont toujours restées très limitées et ne permettent pas de couvrir les dépenses de structures et de fonctionnement induites par toute architecture institutionnelle, et que les Comores restent éternellement tributaire de l'aide extérieure qui ne produit, dans le contexte actuel, que des résultats très mitigés.

La situation économique et financière des Comores est très grave parce que non seulement le pays vît très largement au-dessus de ses moyens, mais encore et surtout, parce que le conflit sur le partage des compétences entre l'Union et les Iles, contribue directement à obscurcir la réalité et à diluer les responsabilités des hommes politiques. Les dépenses budgétaires sont incompressibles et en constante augmentation passant de 16 milliards de francs en 1995 à environ 23 milliards par an entre 2004 et 2005. Ces dépenses budgétaires annuelles sont supposées être couvertes par des  prévisions de recettes budgétaires d'environ 24 milliards de francs par an sur la période de 2004 à 2006, contre 14,5 milliards en 1995, qui ne se réalisent pas en raison de deux principaux facteurs:

·        Les administrations financières (Douanes et Impôts) ont toujours été inefficaces et des réformes ont été préconisées depuis le milieu des années 80. Et si en plus, les réformes en cours se calquent sur la nouvelle architecture institutionnelle, elles ne feront que renchérir le coût de fonctionnement des services sans une hausse significative des recettes. Tout au plus, elles ne pourront que dissiper partiellement la crise de confiance entre l'exécutif de l'Union et ceux des Iles

·        Ces prévisions de recettes optimistes (A titre d’illustration, sur des prévisions des recettes totales de l'année 2006 estimées à 24.4 milliards de francs, dont des recettes propres des Iles très limitées (Ngazidja 749 millions, Anjouan 460, Mwali 63) se fondent sur des hypothèses (en 2006, les prévisions tablent sur un retour à l'équilibre budgétaire, avec un solde primaire de 1,6%, grâce à une croissance économique de 2%, soutenue par une inflation maîtrisée à 3%), qui ne se réalisent pas en raison des chocs économiques consécutifs à la flambée des cours du pétrole (60 $ par baril de pétrole en 2005 contre 30 $ environ en 2003) et la baisse des cours mondiaux de la vanille (230 $/kg en 2003 contre 25 $/kg en 2005), qui amènent le Gouvernement à agir sur les droits de douanes afin d'atteindre deux objectifs opposés: limiter les effets négatifs sur le niveau de vie des comoriens et tenter de stabiliser les recettes budgétaires.

En matière de dépenses, la masse salariale absorbe à elle seule 60 % des recettes intérieures (une moyenne de 12,7 milliards en 2006), avec des dérapages persistants et qui ont un effet d'éviction sur des dépenses prioritaires notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation. Les autres dépenses comprennent entres autres, un service de la dette extérieure de 3,7 milliards de francs par an. Avec la mise en place des programmes d'ajustement structurel à la fin des années 80, des mesures ont été prises pour maîtriser la masse salariale et celles-ci continuent à être préconisées en raison des dérapages constatés, qui ne sont pas seulement le fait du clientélisme politique dans le recrutement dans la fonction publique, mais aussi, du gonflement des salaires et avantages divers octroyés aux exécutifs et à leurs superstructures, ainsi qu'aux législateurs. Dans le même temps, d'autres postes budgétaires, tel que les voyages et missions, continuent à peser sur des finances publiques déjà précaires. En outre, la décentralisation voulue par la nouvelle architecture institutionnelle pose de sérieux défis en terme de contrôle des dépenses publiques.

L'évolution erratique des recettes budgétaires et les réformes partielles visant la maîtrise des dépenses publiques, débouchent inévitablement et en premier lieu, sur l'accumulation d'arriérés de salaires déjà importants et qui remontent à plusieurs années. De plus, il est indéniable que quelque soit l'année considérée, il y a un déséquilibre budgétaire structurelle entre les recettes et les dépenses courantes, et qu'il s'agit là d'un cas de mauvaise gouvernance, qui défie tout bon sens dans une gestion économique saine, et que nos partenaires techniques et financiers ne peuvent tolérer indéfiniment. Aussi, en matière de réformes structurelles, la privatisation des sociétés publiques (Comores-Télécom et SCH) préconisée de façon itérative par le FMI et la Banque Mondiale, depuis le milieu des 80 avec l'avènement des programmes d'ajustement structurel, est une mesure que les autorités contourneront indéfiniment, étant donné que les sociétés publiques sont perçues comme étant la source sûre pour sécuriser les finances publiques. Et il serait extraordinaire que l'Assemblée de l'Union qui est saisie de ce dossier, donne son aval pour cette privatisation.

Enfin, l'absence de transparence dans la gestion publique continue à exacerber la crise de confiance qui s'est installé entre les responsables politiques et ouvre la voie à des pratiques de mauvaise gestion telles que les détournements de deniers publics. Cette absence de transparence se double d'un autre problème d'éthique de la responsabilité, qui fait que les autorités politiques, au lieu d'argumenter sur le bien-fondé des mesures souvent impopulaires, expliquent que celles-ci découlent des exigences du programme conclu avec le FMI et la Banque Mondiale.

L'Union des Comores n'a pas les moyens de ses libéralités et de ses erreurs de gestion publique. Les crises politiques seront omniprésentes si en plus, le déséquilibre budgétaire devait persister en raison de facteurs contrôlables tels l'inefficacité des adminisrations financières, la non-maîtrise des dépenses publiques à des niveaux compatibles avec les recettes intérieures, le gonflement d'une masse salariale qui en plus, ne profiterait pas aux salariés. Si les responsables politiques n'ont pas de rigueur de gestion publique, les partenaires techniques et financiers des Comores perdront toute confance et toute perspective d'allègement de la lourde dette extérieure serait écartée. Et plus grave encore, c'est toute la population comorienne qui subira les lourdes conséquences, avec un accès très limité aux services socioéconomiques de base fournis par la puissance publique, tel que l'éducation, la santé et l'eau.
3.1. Maîtriser la gestion des finances publiques, en tant que condition nécessaire de fonctionnement efficace de l'Etat-nation et de modernisation du système politique

·        Conception et mise en œuvre de politiques globales et sectorielles par l'Union en étroite collaboration avec les exécutifs des îles et les acteurs sociaux, dans le souci de mise en cohérence des actions de développement local et les réformes de structure avec les contraintes macro-économiques

·        Amélioration des résultats budgétaires, par un contrôle systématique des recettes et des dépenses, et ce, afin de permettre aux exécutifs de s'acquitter régulièrement de leurs missions tout en dégageant des moyens nécessaires pour apurer progressivement les arriérés de salaires et augmenter les dépenses sociales et d'équipement

·        Poursuite des réformes de la fonction publique …

·        Poursuite du dialogue de politique économique avec les partenaires économiques et financiers et en particulier, le FMI et la Banque Mondiale; mais la négociation formelle avec le FMI, d'un accord au titre de la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC) ne peut intervenir qu'en 2008, au terme de l'adoption d'une véritable stratégie de développement et de lutte contre la pauvreté, qui remplacerai l'actuelle Stratégie intérimaire de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (SCRP-I)

3.2. Renforcer les institutions par la bonne gouvernance politique et économique

·        Renforcement des capacités humaines, techniques et institutionnelles dans l'administration publique et en particulier, les administrations financières de l'Union et des Iles (Douane, Impôt, Comptabilité publique, Budget)

·        Création d'un mécanisme institutionnel entre les exécutifs de l'Union et des Iles, pour formaliser des objectifs chiffrés de politique économique, des moyens financiers et humains requis pour les atteindre, et des indicateurs de résultats en terme de développement économique

·        Mise en œuvre d'une revue par les pairs dans les domaines politique, économique et social, par laquelle les programmes et actions de l'Union sont soumises à une évaluation annuelle conduite par l'ensemble des Chefs de l'exécutif des Iles assistés de leurs experts respectifs; Et par la même occasion, chaque Chef de l'exécutif d'une Ile accepte de se soumettre au même exercice d'évaluation annuelle des programmes et actions, par des équipes restreintes dirigées respectivement par le Chef de l'Etat et les autres Chefs de l'exécutif des autres Iles. Les rapports contenant les constatations et les recommandations seront rendus public avant la session budgétaire annuelle de l'Assemblée de l'Union.

3.3. Une justice crédible et indépendante, pilier de la lutte contre la corruption

·        Garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire, condition sine qua non pour assurer l’équilibre des institutions. Pour y parvenir, cinq fondamentaux: accroissement substantiel du budget alloué à la magistrature; respect scrupuleux de l’inamovibilité des magistrats du siège; saisine pour avis du Conseil supérieur de la magistrature pour toute nomination ou promotion; encourager la création de syndicat ou association de magistrats; installation d’un véritable conseil de l’ordre des avocats avec à sa tête un bâtonnier issu des rangs de cette profession.

·        Placer la justice sous le signe de la compétence exige de l’Etat qu’il se préoccupe davantage de la formation de ses auxiliaires. Comme par le passé, des accords de financement doivent être recherchés avec nos partenaires institutionnels en vue de promouvoir la formation de magistrats dans les plus grandes écoles. La toute nouvelle faculté de droit offre, d’autre part, un vivier où pourra se recruter par voie de concours le personnel devant assurer le fonctionnement des greffes des différents tribunaux. Enfin, un pont doit être établi entre les professionnels du droit et l’université: création d’une revue spécialisée devant à la fois contenir les doctrines émises au sujet des différentes problématiques et porter les commentaires sur la jurisprudence.

·        Dégager les moyens nécessaires en vue de doter le pays d’un nouveau palais de justice, avec en son sein une bibliothèque au service des professionnels du droit. Outre sa majesté retrouvée, un cadre de travail sensiblement amélioré ne manquerait pas de redonner à la justice sa sérénité et son efficacité.

·        Construire de nouvelles prisons, répondant aux normes de protection de la dignité humaine, et qui assureront le sérieux et la pleine exécution des peines.

·        Etablir un pacte de confiance entre une justice réellement indépendante et une presse libre, pour prendre le relais de la lutte acharnée que des dirigeants intègres vont devoir mener contre les auteurs de détournements et de toutes les formes de corruption.